LES "DISPARITIONS"

Les pièces de la série des « Disparitions » mettent en jeu des photos de ma famille datant des années 1920 aux années 1960 et des fragments de peintures ou de dessins pouvant être, ou non, de ma main. Ce sont, selon les cas, des collages, des dessins, des peintures, ou tout cela en même temps. S’y ajoute une gamme de gestes plus « chirurgicaux» : prélèvements, lacérations, reconstitutions, etc.

Pour tirer de cette matière une meilleure universalité, il s’agit pour moi d’en bousculer la mémoire, d’en perturber l’organisation et la sémantique.

Au stade de sa conception et de sa préparation (choix des éléments en jeu et première mise en place), ce travail convoque obligatoirement un narratif personnel et familial… que l’élaboration vient ensuite peu à peu décentrer.

Sur le plan des significations, les disparitions affectent des images, des circonstances et des… disparu.e.s. Des morts, mes ancêtres, dans lesquels je vois des gisants ; des moments révolus (mariages, rassemblements, cérémonies, soirées, séances de portrait,…) ; des originaux, partiellement recouverts, lacérés, découpés, ré-assemblés.

Ce qui disparait ne disparait pas totalement — même pour les morts, dont reste le souvenir chez les vivants — mais se brouille ou se dissimule en partie. La part restante veut raconter encore, mais dans un appel à la mémoire commune, au vernaculaire, au sociétal.

Ma famille maternelle est originaire d’Espagne puis d’Algérie et du Maroc. Son histoire, disparue, en dépit de transmissions familiales partielles et sans doute partiales, subsiste dans cette représentation photographique, épargnée par le temps, épreuves au dos desquelles figurent parfois des dates, des noms, des dédicaces.

Longtemps confinées, ces épreuves originales n’ont servi que de pièces à conviction d’un récit lacunaire.

Les travaux que j’en tire les rendent au regard, en très petit nombre mais transformées et en quelque sorte adoubées. Dans ces fragments déplacés s’exposent encore des visages, des coiffures, des habits, des regards, des poses et des postures aussi présentes que lointaines.

Dans la série des « Disparitions » figurent aussi certaines pièces uniquement constituées de fragments de mes peintures plus anciennes. Ce sont alors simplement de petits morceaux de mon chemin de peintre qui, découpés, isolés ou associés, s’exposent à nouveau.

LES "APPARITIONS"

[Texte en préparation]

Tous droits réservés © Christophe Jouxtel - 2026